French Coco, l'idée d'être surpris

Jeudi, Mars 9, 2017 - 21:45

L’an dernier j’ai fait l’impasse sur les jours gras, l’overdose de beignets et les nuits blanches, cette année j’ai décidé de vivre l’aventure en Martinique. Je l’avoue, je n’ai pas tenu le rythme local vidé-soiree-vidé en pyjama, mais je n’ai pas démérité.

S’il est une chose que je voudrais partager, c’est mon expérience French Coco. D’aucuns ont entendu parle de son cadre contemporain, de son jardin et de la cuisine du chef Nathanaël Ducteil. Il me fallait impérativement y goûter.

Réservation faite jeudi soir, je me rends au cœur de Tartane guidé par un réceptionniste zélé.

Une fois arrivé, on se laisse séduire sans efforts par un décor soigné. Si l’assiette est ce qui nous intéresse, il est sans dire que le cadre singulier contribue indispensablement à l’expérience French Coco. L’espace harmonieusement aménagé est la rencontre des codes du design contemporain : béton ciré, luminaires modernes et récupération détournée à travers les pièces de Stanker, et la culture créole. Et à mesure que s’égraine le temps on ne compte plus les références à l’artisanat local.  On retrouve les kouis, callebasse vidée et séchées, comme repose serviettes, des assiettes signées Alexandre Audel ou le mobilier rappelant etrangement celui des maisons d'antan. Tous intégrés dans une dynamique moderne, qui signe alors l’ère contemporaine du créole.

Il en va de même dans l'assiette, mais au delà de la démarche locavore, le chef Nathanael Ducteil agite le terroir martiniquais, métamorphose ses classiques et s’autorise quelques retours en enfance. Toutefois, qu’on se le dise, outre la créativité, les prix peuvent surprendre, étant au dessus de la moyenne de l’île. Mais qui connait St Barth ne s’en offusquera pas. La procession commence avec un mocktail, orange, ananas et granité de basilic, bien que ce dernier semble s’être fait la malle. On est néanmoins vite amadoué par de délicieux patés frits à  la viande. On s’attable ensuite pour découvrir une mise en bouche un brin salée, à base d’igname, de jambon cru et de basilic. Les entrées ensuite donnent le la. La chiktaye d’araignée de mer et écume de la bisque d’un matoutou, servie dans un verre à cocktail, est salée sur la longueur mais toute en finesse. Et si ce n’est les trop nombreuses coquilles, fraicheur assurée me direz-vous, on y trempe volontiers des chaussons, qui hormis la texture ne transcendent pas. L’assiette de marlin et de thon est elle une belle réalisation de textures et de saveurs. On commence avec le marlin fumé, incroyablement fin et encanaillé d’un condiment de mangue et d’échalotes en brunoise. On plante après la fourchette dans un cube de thon, mi cuit, moelleux à souhait, enveloppé d’une croûte parfumée au curry. Le sorbet à l’orange et la crème d’avocat, lisse, rafraichisse pour l’un et arrondisse pour l’autre un plat riche de contrastes. Pour la mâche enfin, on s’accommodera du chatrou boucanée, qui malgré un manque de tendreté, chahute subtilement cette entrée. Rarement une seule bouchée aura concentré autant d’harmonie des goûts.

La suite ne va malheureusement pas confirmer cette impression. Le plat de cochon ibérique, dont on ne reviendra pas sur la qualité exceptionnelle de la viande, est un classique, peut être trop à 40€. Ananas et porc, oui mais encore ? Un cromesquis annoncé à l’igname et aux pois d’Angole, qui en définitive associe une mousseline d’igname avec un pesto, le même que sur les chaussons de l’apéritif et que sur l’assiette de poisson. Par ailleur, l’assiette manque de jus, ou n’est-il pas suffisamment corsé ? Que nenni le plat me convainc peu. En face, un risotto de la mer, joli mais qui manque de peps.

Et si nous étions prêts à faire l’impasse sur l’oubli du pain, le retard dans le service du vin, la bouteille d’eau en carafe, le dessert aura eu raison de notre empathie. Le riz au lait surmonté d’une mousse légère à l’anis étoilée, n’a pas rempli son contrat de gourmandise. La mousse laitière au mieux était fade, l’anis trop subtil, les températures trop identiques pour créer le contraste de tous les éléments. Et une écaille de poisson, oui oui dans le dessert. Cela arrive au meilleur d’entre nous, j’en conviens, mais sur la note finale çà détonne.

On retient finalement un service approximatif mais professionnel, une cuisine de bons produits et un talent certain pour les transformer, des assiettes qui se veulent modernes, mais auxquelles il manque la maturité qui claque le palais, une promesse de surprises non tenue et des prix somme toute élevés. On y reviendra.

 

 

Galerie Images: 

Ajouter un commentaire