Au Widdy’s, la promesse non tenue

Mercredi, Mars 16, 2016 - 04:30

Aujourd'hui, je vous parle d'Au Widdy's, la table du chef Ruddy Colmar, au slogan évocateur, saveur et finesse du terroir antillais. Entendez donc produits locaux et cuisine raffinée, sur le papier du moins. Le restaurant situé sur la marina, est étriqué, et n'invite pas à se projeter dans cette promesse de cuisine raffinée. Il n'y a là aucune cohérence dans le mobilier, et le choix des couleurs, du madras, du gris et du fushia. J'oublie vite cette première frustration, bien plus que de la déception, et me plonge dans la lecture du menu. On parle d'un couscous de la mer à s'en lécher les doigts, d'un crab-cake que même le Maryland envierait. J'opte alors pour le crabe en entrée. Pour la petite histoire, le crab-cake consiste en un mélange de crabe, de chapelure et de mayonnaise. Ici, on se rapproche plus du crabe farci. Si la différence entre les deux réside dans l'ajout de mayonnaise, on peine à voir et à goûter la revisite. L'intitulé ne trompe malheureusement pas sur le contenu de l'assiette. L'ensemble est beaucoup trop épicé pour en apprécier chaque élément, hormis l'idée intéressante d'un crumble de pain d'épices.

On rêve d'un mieux en commandant un parmentier d'agneau à la goyave, en vain. Un plat peu pertinent, où la goyave est reléguée à une vague saveur aigre douce. Autre plat, le magret de canard qui n'a de travaillé que sa surcuisson. C'est finalement quand est servi le couscous de Marie-Galante que l'on goûte à l'ironie d'un slogan que l'on aurait peut-être dû taire. Un couscous fait de moules, de Saint-Jacques et gambas, qui n'a d'Antillais que la main qui l'a cuisiné. Sur les trois plats commandés, il est difficile de dire lequel est plus représentatif du terroir local, le parmentier d'agneau, sans même une purée d'igname ou de patate douce, le magret de canard et son gratin de bananes, au moins çà, ou le couscous de la mer. La touche internationnale prend vite le dessus sur le concept initial.

Je pousse le vice jusqu'à prendre du dessert, le chocophile et crème glacée, et les sushis de fruit exotiques. Le premier consiste en une feuille de brick garni d'un appareil chaud au chocolat noir sucré, plus écoeurant que fin, servi avec une glace à moitié fondue à la "vanille", pas de quoi renouer avec un sentiment de satisfaction. Le sushi de fruits, intéressant dans l'idée n'a de sushi que les éléments, un riz au lait fort en canelle, et quelques fruits poêlés caramélisés, posés ici et là. 

Je finis donc ce repas déçu et frustré. L'un de mes acolytes, habitué de la table du chef Colmar, partage cette même insatisfaction. Ce moment tout en irrégularité et en à-peu-près suscite plus de questionnement que de ressentiment. Que s'est-il passé en cuisine ? Était-ce un mauvais jour ou un test de nouvelles recettes ? Dommage que le chef ne soit pas venu nous éclairer sur le sujet.

Il ne nous reste plus qu'à y retourner, en espérant qu'idées et pratiques se confondent dans l'assiette.

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